--> Critique originale

Avec cet enregistrement, le pianiste russe Evgeni Koroliov, né en 1949 à Moscou, mais Hamburger depuis 1978, spécialiste de séries discographiques de renom (Tchaikovski, Schubert, Debussy, Chopin, Beethoven, Brahms, Ravel, Stravinski), propose le second volet de son intégrale des Partitas pour clavier de Jean-Sébastien Bach (Koro¬liov Series Vol. XXIV). En l'occurrence les BWV 827 en la mineur, BWV 828 en ré majeur et BWV 829 en sol majeur. Même si quatre années séparent ce volume du premier (les BWV 825 en si bémol majeur, 826 en ut mineur et 630 en mi mineur), enregistré en 2020 il n'y a rien à ajouter ni à retrancher à l'ex¬cellent commentaire que Jean-Charles Hoffele publiait en 2021 (ClicMag n° 91, TACET265). En effet, sans recourir à l'absence de legato, et à la rythmique ainsi qu'à la métrique dactylogra¬phiques d'un Glenn Gould, voici des interprétations hautement réfléchies et pensées qui donnent à entendre une musique intemporelle grâce à un instru¬ment devenu lui-même intemporel par le toucher, les timbres et les couleurs que l'interprète y adjoint. tout en s'ef¬forçant de s'effacer lui-même. Curieux et troublant paradoxe, mais qui sera particulièrement admiré par les ama¬teurs d'une esthétique si éloignée des rigueurs d'une reconstruction philolo¬gique et des appropriations des textes tellement personnelles que celles dont témoignent en regard les lectures du Kantor que donnèrent Backhaus, Rich¬ter, Perahia ou Brendel. Guère étonnant qu'un Ligeti ait pu avouer: "Si je devais n'emporter avec moi qu'une seule œuvre sur une île déserte, ce serait le Bach de Koroliov, car, tout seul, mou¬rant de faim et de soif, je ne cesserais de l'écouter et réécouter jusqu'à mon der-nier souffle". Pour inconditionnels donc.

Jacques-Philippe Saint-Gerand

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